Laurence et Nicolas : Vola Café
Retour dans la vieille ville
Cela pourrait être un chemin de pèlerinage. Au terme d’une montée en pente douce depuis le tumulte de la basse ville, on débouche au calme de cette petite place qui s’ouvre sur la Peniscola et la Collégiale Saint Paul au nord et l’immensité de la baie et les iles d’or au sud. On est saisi par la beauté transparente de l’air matin de début d’été.
L’immense croix en fer forgé nous indique précisément la destination. Quasiment à ses pieds, se tient le Vola Café. Comme on a eu un peu chaud après notre ascension, on accueille avec bonheur le jus de gingembre bien frais préparé par Laurence et servi par Nicolas. Le couple s’est installé à Hyères en 2018, un retour aux sources pour Nicolas qui y a passé son enfance.
Photo Tobias Zarius
Photo Tobias Zarius
De la vieille ville dans laquelle sa propre fille grandit désormais, Nicolas conserve le souvenir de ces familles souvent venues d’Italie, qui se connaissaient toutes et s’invitaient; les vieux qui sortaient des chaises devant chez eux et surveillaient les gamins tout en discutant avec les voisins.
Si, de leur propre aveu, ouvrir un café n’était pas au programme, c’est cet esprit de rencontre et de partage qui les anime. D’une certaine manière, en étant ainsi placés au cœur de ce quartier, qui ressemble plus à un village et en accueillant à leur table voisins et visiteurs de passage, ils semblent trouver un écho à leur passé, consacré à la rencontre au travers de la réalisation de films documentaires dans le monde entier.
Photo Tobias Zarius
L’Art et la vie cohabitent
On pense à Auggie Wren, le marchand de tabac imaginé par Paul Auster dans Smoke, photographiant chaque matin son coin de rue, d’où, en gardant les yeux bien ouverts, il observe bien plus que nombre de gens sillonnant le monde.
Leur riche parcours dans la création audiovisuelle, par l’entremise pour Nicolas de l’écriture et du scénario et pour Laurence du théâtre et de l’anthropologie, est guidé par un besoin d’ancrer leur travail dans le réel et la vie. Laurence nous confie « Ce qui nous motive c’est l’Art, l’échange et la création. Vendre des produits ne nous intéresse pas. Ici on a pas les sodas classiques par exemple, que du fait maison. Ce café on veut en vivre mais nous voulons que ce soit un lieu de création.»
Pour faire cohabiter l’Art et la Vie, ils ont créés des ponts entre le café et la culture. Une démarche qu’ils entreprennent avec spontanéité et simplicité en proposant ce que Laurence nomme joliment « des petites touches culturelles ». En dehors de tout parcours institutionnel, ils organisent, sans prétention mais avec une ambition de qualité, concerts expérimentaux, happenings, expositions, avec des artistes variés.
Photo Tobias Zarius
C’est ainsi qu’on a pu siroter un verre de Spritz bio au sureau, au son d’une performance sonore mêlant les improvisations électro de l’Atelier des Bruits et de l’Organisation de la Chute, aux envolées de la violoncelliste Delphine Rykhtik, danser à perdre haleine sur les mix de Nola, de Troublemakers, se laisser hypnotiser par le duo danse/platines, d’Aline Lopes et Frank Micheletti, tenter de suivre le fil, en se laissant embobiner par les brins tissés multicolores de la plasticienne Mona Cara et les beats frénétiques de l’incontournable Frank Micheletti, ou encore, tous les jeudis sur la terrasse, modeler des céramiques, selon les techniques zapotèque, avec Ivan Monroy .
Les clients, les passants, ceux qui étaient venus alléchés par le programme, ceux qui voulaient juste boire un coup ou ceux juste interpelés par le spectacle, se mêlent. Les rencontres ne laissent jamais indifférent et c’est cette spontanéité et cette liberté qui fait tout l’attrait de ce lieu unique.
Photo Tobias Zarius
Liberté, indépendance et rencontres
Une liberté que Nicolas et Laurence appliquent aussi dans le choix des produits qu’ils proposent. Les vins sont ceux de petits producteurs indépendants locaux, Le Favanquet et Sainte Eulalie de Jean-Louis De David Beauregard. Des domaines qui restent indépendants, loin des rachats par les groupes de luxe devenus monnaie courante, et que les vignerons sont venus présenter au café. Les fromages de chèvre d’Ampus sont fabriqués à Solliès et les légumes viennent de l’AMAP de Martine et Jacques Boufartigues, qui cultivent en bio depuis 30 ans et soignent leurs légumes avec des huiles essentielles. Les thés sont choisis chez Loren Millet à Marseille et les tisanes à l’herboristerie du Père Blaize.
Depuis fin Juillet, Tobias, photographe et voisin habitué des lieux, a rejoint l’aventure au travers de l’association Volacette, fondée par Laurence et Nicolas et propose avec son projet Coffee Please, des cafés qu’il a patiemment sélectionnés, accompagnés de délicieux muffins maison, mais aussi de jus de fruits frais. Tous les midis Laurence et Nicolas préparent quelques plats en petite restauration et le soir on peut grignoter en buvant un apéro face à la vue sur la grande table ou en terrasse, pour profiter de l’activité de la place.
C’est animé devant le Vola. Les voitures, les piétons et les badauds cohabitent. Tout le voisinage passe par là et une des plus grande fiertés de Nicolas, c’est d’apprendre que des gens du quartier ont appris à se connaitre grâce à son café, comme ces voisins de longue date, qui ont noué une belle amitié en venant au Vola.
Les projets foisonnent pour continuer à créer cette émulation. Laurence et Nicolas voudraient organiser des projections sur la place, créer un dépôt AMAP et pourquoi pas monter une radio pour donner la parole à ceux qui croisent leur chemin et continuer à envisager le café comme territoire créatif puisant dans le réel.
Photo Tobias Zarius